Vins de Touraine : les bons plans
Vouvray, Bourgueil, Chinon... Des noms ajourd'hui à l'honneur sur la carte des grands restaurants. Un retour bien mérité pour des vins qui ont contribué à la réputation de la gastronomie très rabelésienne de la France.
C'est encore Saint Martin qu'il faut louer lorsque l'on parle de vins de Touraine. Selon la légende, il aurait rapporté le premier plant de chenin des confins de la Germanie et l'aurait fait grandir dans un os d'oiseau, puis de chien et enfin de lion avant de l'installer à Vouvray. En fait, la vigne a été introduite dans la région au moins deux siècles auparavant comme en témoigne un pressoir romain découvert près d'Azay-le-Rideau. En fait, peu importe l'histoire pourvu qu'on ait l'ivresse. Grâce aux moines martiniens, le cépage a prospéré sur les coteaux ligériens. Il faut dire que le terroir est idéal. Dans cette terre sableuse recouvrant le tuffeau, la vigne puise toute sa vigueur. Tandis que la clémence du climat et la luminosité du ciel offrent au raisin tout loisir pour se gorger de soleil. Pourtant, ces dons de la nature ne seraient rien sans tous ces gestes acquis par des générations. Ici, on sait révéler les fines nuances d'un pineau de la Loire là, l'élégance un rien sauvage d'un cabernet franc. Un travail tout en subtilités. D'ailleurs, les grands de ce monde ne s'y sont pas trompés. Bien vite, la réputation des crus a gagné toutes les cours d'Europe. Depuis, la cote des Touraine a oscillé avec les caprices de la mode. Mais, leur authenticité n'a jamais failli. " Chez nous, on boit propre ", aiment à répéter les vignerons.
Une mer de gouttes d'or
La grande originalité des vignobles de Touraine tient à sa diversité. Pour en juger, il suffit de s'aventurer sur les 350 kilomètres de routes serpentant au coeur des vignes. Là, derrière la porte d'un cellier, sous l'oeil du maître de chais, fraternisent souvent blancs, rouges et rosés prêts à être dégustés. Sur un cul de tonneau ou une table de chène, les verres se remplissent, le pourpre cottoie le jaune, les senteurs de fraises des bois rivalisent avec les notes de violettes ou de vieux bois. La dégustation commence. L'histoire ne se raconte pas, elle se se boit.
Au cours des siècles, des plants issus de multiples régions ont, en effet, pris racine en Touraine. Mais, deux cépages tiennent le haut des millésimes : le pineau de la Loire, nom local du chenin, et le cabernet franc appelé le breton en souvenir de son arrivée au port de Nantes après un périple depuis Bordeaux.
Aux portes de Tours, le pineau blanc règne en maître sur chaque rive du fleuve. " Une mer de gouttes d'or " s'exaltait le taciturne Louis XI. D'un côté, c'est le fief du Vouvray aux saveurs de noisettes, de l'autre du Montlouis si délicatement fruité. Tantôt sec, tantôt moelleux, le chenin évolue volontiers vers des vins tranquilles comme pétillants. Surtout, il supporte très bien le poids des ans. Ainsi, dans l'intimité des caves en tuffeau, il n'est pas rare de découvrir des étiquettes affichant des années prestigieuses : 1947, 1959, voire 1921...
Le breton aussi se plait à sommeiller dans la roche calcaire pour renforcer son caractère corsé. Pourtant, ce cépage peut également produire un vin moins tannique à savourer dans sa prime jeunesse. " A peine, le temps de faire ses Pâques " s'amusait Jean Carmet ; cet enfant de Bourgueil toujours prêt à déboucher une vieille bouteille à la robe rubis comme à se délecter d' " un vin de soif ". Quelques rangs plus loin, les graves du sol de Saint Nicolas de Bourgueil ajoutent une touche de légèreté. Au nez, la framboise domine alors qu'en bouche virevolte toute une palette de fruits rouges. Enfin, il y a le Chinon, ce cabernet très franc dont Rabelais célébrait le goût de taffetas. Certes, ce vin se distingue par sa couleur sombre presque violine et son arôme de sous-bois. Pourtant, comme ses cousins tourangeaux, on le connaît aussi en fringant rosé ou en blanc au bouquet floral. Rien d'étonnant alors que princes et poètes aient chanté les vignobles de Touraine. Aujourd'hui, Chevaliers de la Chantepleure, Bons Entonneurs Rabelaisiens et autres Commandeurs de la Dive Bouteille reprennent en choeur ces louanges lors d'intronisations. Une occasion de perpétuer la tradition avec qui veut bien festoyer.
Un sacré tour de main
En Touraine, une bouteille sur trois est vendue à la propriété. C'est dire que les vignerons ouvrent volontiers leurs portes. Qu'il s'agisse de caves familiales aux cuvées artisanales ou de kilomètres de galeries appartenant aux grands domaines, toutes sont creusées dans la roche. Meilleure garantie pour maintenir une température à environ 12Γ et une atmosphère saturée en humidité, tout en se préservant de la lumière et des vibrations. Mais, pour percer les mystères de la vinification, il faut discuter avec les vignerons. Ainsi, chez les producteurs de bulles, on découvre l'art de retourner les bouteilles par quart de tour dans des casiers ou de recueillir les lies dans de séculaires pupitres avant le dégorgement et l'addition de la liqueur. Tandis que pour goûter les arômes minéraux d'un vieux millésime, on s'initie à la technique du silex frotté. Toutes ces pratiques ancestrales et bien d'autres, on peut également les retrouver mises en scène dans des musées. A Chinon, par exemple, où les automates de Rabelais et de ses joyeux compères redonnent vie aux outils d'autrefois pour conter les aventures d'un vin du cep jusqu'au verre.
In vino veritas
A cheval sur les départements de l'Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher, les quelque 15 000 hectares du vignoble tourangeau produisent, chaque année, environ 750 000 hectolitres. En plus de Vouvray, Montlouis, Bourgueil, Saint Nicolas de Bourgueil et Chinon, on rencontre 4 autres appellations d'origines contrôlées : Touraine, Touraine Mesland, Touraine Amboise et Touraine Azay-le-Rideau. Cependant, tous ces crus ne doivent pas occulter les qualités de vins comme le Cheverny, le Valençay ou les Coteaux du Vendomois. Quoi qu'il en soit, chaque Touraine se doit d'être dégusté à une température spécifique qui va de 15 à 16° pour un vieux rouge à 4 à 6Γ pour un mousseux en passant par 8 à 10° pour un rosé doux ou 6 à 7° pour un blanc moelleux. |