« Dans ce roman, on trouve des bonheurs d’écriture à n’en plus finir »

Le Dauphiné Libéré 

 

Une restitution saisissante de nos racines, de l'odeur de la terre, des rides d'un visage, de l'aspect changeant de la neige… En quelque sorte l'écrit du cœur..

Le Dauphiné Libéré

 

 

« Un livre admirable, brillant et passionnant qui parle avec émotion d'une période noire de notre histoire ? »

France Info

 

Il y a du Giono, il y a du Ramuz dans cette écriture exigeante, dans cette langue rigoureuse.

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La Rochelle : La belle et la rebelle

Gardée par ses trois tours, avec la mer pour horizon, La Rochelle semble impénétrable. C’est un leurre. Simplement, cette ville s’est toujours ingéniée à vivre avec son temps tout en préservant sa tranquillité.

C’était en 1727. Richelieu avait décidé de venir à bout de La Rochelle. Le siège dura un an. Car, affamés, décimés par les épidémies, désarmés devant l’arsenal royal, les Rochelais durent se résoudre à demander grâce. Il faut dire que leur cité attisait bien des convoitises. Affranchie de toute tutelle féodale et ecclésiastique depuis le XIIème siècle, elle s’était enrichie en menant grand commerce de sel, vin et toiles avec l’Angleterre et les Flandres. Tous les atouts étaient donc réunis pour susciter le bouillonnement des idées nouvelles et faire de cette République marchande une capitale huguenote. A cette prospérité presque insolente s’ajoutait ainsi un souffle contestataire qu’aucun monarque ne pouvait tolérer. De ces mois de blocus, La Rochelle sortit ruinée, démantelée et démunie de ses forces vives : moins du quart des habitants avait survécu à la famine. Pourtant, le sursaut n’a pas tardé avec des armateurs expédiant par de là les mers moult équipages pour embarquer des cargaisons de denrées rares comme le sucre des Antilles ou les fourrures du Canada. Et, l’activité portuaire repartit de plus belle.
Depuis, d’autres marins ont pris la relève. Leurs noms claquent au vent lors des Grands Pavois : Philippe Poupon, Isabelle Autissier ou encore Marc Thiercelin … Tous ces enfants adoptifs de La Rochelle savent perpétuer son esprit combatif. Fouler le pavé rochelais permet, d’ailleurs, d’apprécier les fruits de cette pugnacité. Certes, aujourd’hui, la ville offre un visage dynamique mais surtout la qualité de vie a vraiment droit de cité. La Rochelle n’a-t-elle pas initié les rues piétonnes ?

Droit devant
A pied ou sur un de ces fameux « p’tits vélos jaunes », c’est donc par son coeur qu’il convient d’aborder La Rochelle. Ici, les pages de l’Histoire se tournent dans le quartier des marchands. Rue Bletterie, les négociants concluaient les transactions de bleds. Ces céréales entassées dans des « traines » avant d’être pesées et stockées derrière les porches de la rue du Minage. Une activité lucrative si l’on en croit les maisons à pans de bois couverts de plaques d’ardoise témoins de cette époque. Et, sage précaution, la plupart de ces habitations médiévales bénéficient d’une porte dérobée bien utile en période trouble. Grande rue des Merciers, des drapiers venus de Flandres ou d’Angleterre tenaient boutique. Là, des gargouilles en forme de bustes de femmes, de griffons ou de dauphins attirent le regard sur la dentelle des façades Renaissance. Mais, c’est entre les rues du Palais et Réaumur que les Protestants les plus fortunés avaient élu domicile dans ces hôtels particuliers remarquables pour la sobriété de leur élégance. La demeure des apothicaires Seignette, inventeurs du sel polychreste, en est une illustration.
Décidément, à l’abri de ces enfilades d’arcades, le commerce n’a jamais cessé de régner en maître. Place du marché, on se presse autour des produits régionaux. Rue Saint Nicolas, les marchandages vont bon train pour acquérir quelques antiquités au meilleur prix. De la fontaine du Pilori à la cour de la Commanderie ou au cloître des Dames Blanches, on chemine ainsi au gré des vitrines et des musées jusqu’au plus vieux quartier de La Rochelle : les Cougnes, réputé pour ses auberges et leurs anecdotes. A « La fleur de Lys », par exemple, le propriétaire - Huguenot bon teint – eut pour hôte un certain Saint Vincent de Paul. Au fil de la promenade, on s’étonne aussi de cette profusion de pavés. La raison est simple : ils servaient à lester les bateaux revenant du Canada. Une fois à terre, ces galets trouvaient un nouvel usage. La rue de l’Escale fut la première à en bénéficier mais c’est le nez en l’air qu’il faut la longer pour découvrir la Maison Venette et sa collection de têtes de Avicenne, Hippocrate, Galien et autres médecins sculptés dans la pierre. Autre atmosphère à l’Hôtel de Ville avec son enceinte gothique surmontée d’un chemin de ronde à mâchicoulis. A l’intérieur, le bureau de Jean Guiton conserve la cicatrice du coup de poignard asséné par le Maire avec le serment de ne jamais capituler devant les troupes de Louis XIII.
En fait, La Rochelle fourmille de tant de lucarnes, inscriptions, pilastres … pour accrocher l’oeil qu’un appel du grand large devient parfois légitime. Alors, on se dirige vers la Porte de la Grosse Horloge pour arriver au Vieux Port. Cours des Dames, l’animation a toujours été de mise. Car, ce quai bordé d’anciennes maisons d’armateurs servait de poste d’accostage aux navires de haut bord. Marchands de sardines, pêcheurs raccommodant leurs filets s’affairaient sur l’esplanade qui, désormais, est l’un des lieux de prédilection des Rochelais noctambules. Quai Duperré, les terrasses des cafés invitent à la rêverie devant le va et vient des chalutiers sillonnant la célèbre perspective fermée par les tours Saint-Nicolas et de la Chaîne. Alors, face à la mer, on savoure les valeurs que La Rochelle a toujours défendues : pensée, tolérance et ouverture au monde.

Des musées et leurs cadres
Une ville comme La Rochelle se devait d’exposer son vécu sous ses multiples facettes. D’où la diversité de ses musées dont la plupart valent autant pour leur décor. Ainsi, l’ancien palais épiscopal Crussol d’Uzès rassemble une collection de peintures européennes du XVème au milieu du XXème siècle. Un hôtel particulier du XIXème siècle abrite le musée d’Orbigny-Bernon où nombre de témoins de l’histoire rochelaise ont été regroupés comme ces 84 vases de pharmacie venus de l’apothicairerie de l’Hospice d’Aufredi. Dans l’Hôtel Fleuriau, les objets les plus hétéroclites relatent les relations de la Rochelle avec le Nouveau Monde. Quant à la Maison de Diane de Poitiers, elle raconte aujourd’hui l’histoire de l’Aunis. Enfin, il y a ces 300 automates qui ont investi les anciens ateliers de réparations de bateaux dans la Ville en Bois. Mais, pour achever ce tour d’horizon, il ne faut pas oublier le cabinet de curiosités et les insolites trouvailles de grands navigateurs du musée d’Histoire Naturelle comme les plus illustres personnages de la cité mis en scène dans le musée Grévin, les précieux documents sur la Réforme conservés au musée d’Histoire Protestante ou encore la bataille navale plus vraie que nature du musée des Modèles réduits.

Trois gardiennes de légende
Symboles de La Rochelle, ses tours ont toutes une histoire à raconter. La plus ancienne est un véritable donjon seigneurial construit face à la mer pour impressionner quiconque aurait des velléités sur la cité. Car, quel meilleur observatoire sur la sortie de la rade, la baie et l’île d’Aix que le chemin de ronde de cette Tour Saint-Nicolas. À l’intérieur, de multiples corridors et escaliers – parfois à double révolution – dessinent un impressionnant labyrinthe. Des réduits sont creusés dans les murs et l’on a peine à deviner les événements dont cet édifice dédié au Patron des navigateurs a pu être témoin. Dix ans plus tard, on bâtissait la Tour de la Chaîne. Ainsi la nuit, le port pouvait être fermé. Mais, Rabelais affirmait, lui, que cette chaîne a été installée pour attacher Pantagruel à son berceau. Quant à la Tour de la Lanterne, elle culmine à 70 mètres. Ce qui lui valut le rôle de phare durant des siècles. Pourtant sa vocation était carcérale. D’où les quelque 600 graffitis gravés par des corsaires, des soldats et autres prisonniers, notamment ces quatre sergents qui donnèrent son surnom à la Tour. Plus précisément, il s’agissait de carbonari incarcérés à La Rochelle avant d’être exécutés à Paris.

Trois prots et des marins

Si le Vieux Port a longtemps assuré l’activité marchande de La Rochelle, d’autres infrastructures sont venues l’enrichir pour le plus grand confort des professionnels comme des amateurs.

Force est de reconnaître qu’à l’ère de la révolution industrielle, les installations portuaires de La Rochelle étaient en deçà du potentiel économique de la cité. On a donc décidé la création de La Pallice. Bien vite, ce port en eau profonde s’est développé ainsi que le quartier voisin imaginé par Le Corbusier. Si bien que La Pallice voit, aujourd’hui, transiter quelque 8 millions de tonnes de pétrole, céréales, bois exotiques et autres marchandises chaque année. Ce qui lui vaut le septième rang national.

Les Minimes de Surgères
Pour la pêche, l’évolution des méthodes a été plus lente. Certes, au début du XXème siècle, les premiers chalutiers à vapeur côtoyaient plus de 500 voiliers et les pêcheries industrielles commençaient à se multiplier. Mais, cet essor s’est vu freiné par les deux guerres mondiales. Aussi, en1993, les Rochelais ont pris le parti de devancer la demande en bâtissant une véritable plateforme commerciale pour les produits de la mer. Le port de pêche a ainsi quitté le centre ville pour s’installer à Chef de Baie et bénéficier des technologies les plus avancées comme une criée totalement informatisée.
Quant aux plaisanciers, ils ont aussi depuis 1966 leurs propres anneaux avec les Minimes. Lors de sa construction, on découvrit la pierre de fondation d’un couvent offert par Louis XIII en reconnaissance des services rendus par trois minimes de Surgères, aumôniers de l’armée royale. D’où le nom de cette forêt de mats émergeant, désormais, des bassins de Lazaret, Bout-Blanc et Macilla. Car, ici, pas moins de 3 200 quillards mouillent à leur aise. D’ailleurs,
les Minimes peuvent s’enorgueillir d’être le plus grand port de la façade l’Atlantique et d’attirer lors du Grand Pavois plus de 100 000 personnes venues visiter le premier salon nautique à flot d’Europe.
Pourtant, en dépit de tous ces bouleversements, le Vieux Port n’a rien perdu de sa superbe avec ses bassins où s’amarrent les luxueux paquebots de croisières comme les fameux voiliers des grands aventuriers de la mer.

Sur et sous l’eau
Du canot au remorqueur de haute mer en passant par la frégate météorologique de France 1, toute une flottille ouvre ses ponts aux visiteurs dans le musée à flot Neptunée. La Calypso est aussi là puisque la veuve du Commandant Cousteau a choisi d’y ancrer sa fondation. De même que le Joshua, ce fameux ketch rouge à bord duquel Bernard Moitessier participa à la première course autour du monde en solitaire. Tandis que dans le musée à quai, tout l’univers de la pêche est recréé. Mais, pour explorer les mystères des abysses, c’est dans l’aquarium qu’il faut plonger. Dans les 65 bassins de ce grand vaisseau de verre, vivent plus de 10 000 animaux marins de l’Atlantique, la Méditerranée, des mers chaudes comme du Pacifique. Le rêve est alors de la partie avec le ballet des méduses, les paysages coralliens, le voyage en sous-marin …