Troglodytes: une autre façon de faire son trou
Jadis abris de fortune, les troglodytes sont, aujourd'hui, des résidences recherchées. Intimité garantie dans une ambiance où se murmurent encore de mystérieuses histoires.
Une température entre 9 et 14Γ, nul besoin de maçon, charpentier ni couvreur et si l'on veut un lit, des rangements ou s'agrandir, il suffit de creuser la roche. On comprend que les cavernes nées de l'extraction du tuffeau ou du falun aient donné des idées aux Tourangeaux en quête de toit. Ainsi, tout un univers s'est dissimulé dans les troglodytes : des maisons, bien sûr, mais aussi des caves, des granges, des champignonnières et même des lieux de cultes. Seules quelques étroites fenêtres et la fumée des cheminées signent une vie derrière la roche. A l'intérieur, ce n'est que rondeur. Une atmosphère peut être confinée mais tellement rassurante. On est hors du temps surtout lorsque l'enfilade de pièces débouche sur la " véture " dans un jardin d'agrément ; véritables oasis dans cet univers de pierre.
De plaine ou de coteau
Pourtant, ces constructions ont dû s'adapter à des environnements bien hostiles. A Troo, par exemple, la falaise plonge à pic dans le Loir. Alors, on a bâti quatre étages d' habitations reliées par un labyrinthe d'escaliers. A l'inverse, à Azay-le-Rideau, les fermes se sont enterrées autour d'une fosse formant une cour commune. Mais, troglodytes de coteau ou de plaine, la plupart des sites possèdent leur réseau de caforts (caves fortes), ces souterrains souvent truffés d'embûches où nombre de réfugiés ont trouvé asile. Ici, on parle de déserteurs allemands fuyant l'avance de l'armée américaine, là de maquisards des Corps Francs tenant des réunions secrètes. De nos jours, l'originalité des lieux attirent des hôtes beaucoup plus pacifiques. Salles de spectacles, galeries, musées, restaurants et même un zoo redonnent vie aux troglodytes. Reste l'étrangeté du cadre toujours aussi propice à l'imagination.
De main de maître
Sa blancheur crayeuse orne tant de châteaux. Cependant, ce tuffeau si tendre, friable et encore humide n'est pas facile à extraire. Aussi, pour la taille en galerie, les " perreyeux " ont dû mettre au point une technique bien précise. A l'aide d'un pic, on commence par " mailler le banc ". C'est à dire creuser des entailles en V dans lesquelles on enfonce des coins de chêne. Conjointement, on fabrique un lit de " moches " ou de " chapin " avec des déchets de calcaire destinés à amortir la chute. Puis, vient le moment crucial : sous chaque coup de masse la roche craque un peu plus. Tout le chantier est à l'écoute ; on sait qu'un coup de trop serait fatal aux hommes. Enfin, dans un fracas, le bloc cède mais parfois il reste attaché à une aspérité du plafond. Alors il faut " furter ", casser son ultime accroche. Une fois à terre, l'énorme masse a fait place nette. On peut ainsi exploiter plus avant la galerie qui, dès lors, ne repose que sur quelques piliers. |