La Touraine et sa douceur lumineuse
Certains chantent sa douceur de vivre, d'autres son patrimoine royal ou son Français que l'on dit si pur. La Touraine est tout cela à la fois avec, en plus, cet indéfinissable charme fait de quiétude et de beauté discrête.
Rien ne vaut un château pour goûter l'atmosphère tourangelle. Celui de Blois par exemple avec ses mille fenêtres raconte l'architecture depuis le Moyen-Age jusqu'à l'époque classique. Un tour dans la vieille ville aux ruelles escarpées et l'on est prêt pour le voyage. Direction, la vallée du Loir, pays de l'ardoise où l'horizon se décline en camaïeu de bleus, de gris et de mauves. Un peu plus loin, Troo ouvre ses maisons creusées dans le tuffeau, à même la falaise. En fait, le coteau est truffé de cités troglodytes révélant un étrange univers lorsque la pierre devient mobilier, caves, étables et parfois forteresse... A quelques rangs de peupliers, un manoir se détache, encadré de feuillus et de bosquets touffus. C'est " La Possonnière " qui a vu naître Ronsard et lui inspira tant de rimes. Les vignes se font alors plus denses jusqu'à devenir cette " mer de gouttes d'or " chère à Louis XI. Ici, commence les terres du Vouvray ; un chenin, tantôt sec, tantôt moelleux, qui sait vieillir en vin tranquille comme pétillant. Pour apprécier ce vin jaune au bouquet de noisette, il faut oser pousser la porte d'un cellier et prendre le temps de déguster, le verre à la main, les sens en éveil.
La transparence de l'air
Peu à peu, on se laisse porter par les langueurs de la Loire. De loin en loin, barques de pêche et gabares hissent leur voile carrée et l'on glisse dans la lumière moirée jusqu'au château de Cinq-Mars. Son malheureux marquis finit décapité à l'âge de 22 ans abandonnant douves et donjon à une végétation dès plus exhubérante. Mais, revanche littéraire, Alfred de Vigny fit du favori de Louis XIII le héros romantique d'un roman au titre éponyme. A deux pas, Langeais offre un visage tout aussi contrasté. Vu de l'extérieur, une austère forteresse avec pont-levis et mâchicoulis. Tandis qu'à l'intérieur, des tapisseries mille-fleurs rappellent le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne ; une jeunette de 15 ans toute d'or vêtue. Il faut ainsi grimper jusqu'au chemin de rondes. Car, en Touraine, tous les châteaux-forts plongent leur regard dans les eaux de la Loire. Puis, on reprend la route entre landes de bruyères et généreuses futaies pour serpenter vers Bourgueil. Cette fois, des vins à la robe de rubis règnent en maîtres annonçant sur l'autre rive du fleuve leur cousin cabernet : le Chinon. La patrie de Rabelais s'enorgueillit d'avoir su préserver ses caves Painctes où Pantagruel aurait englouti tant de vin frais qu'il n'en put compter les verres. Un haut lieu de l'art de vivre à la française que l'on nous envie tant. Ce temple de la Dive Bouteille est, aujourd'hui, ragaillardi par des intronisations qui, bien que solennelles, n'en célèbrent pas moins Grandgousier et les siens. Le Chinonais c'est aussi l'une des portes d'un parc naturel de 235 000 hectares de grèves au sable jaune, bocages, forêts alluviales... peuplés d'une faune accessible au regard pour qui sait l'approcher.
Bois, plaine, coteaux couverts de vignes ou de forêts ainsi est la Touraine. Tout juste une tièdeur en été et à peine quelques degré de moins en hiver. On y venait jadis pour se reposer, organiser des fêtes et "goûter la transparence de l'air". Aujourd'hui rien a changé.
D'eau et de lumière
Après les bords de la Vienne, ceux de l'Indre. Sur cette terre de tourbe et d'ajoncs, on tresse l'osier depuis le IXème siècle. Balzac, un jour venu en voisin s'était félicité d'avoir " commandé de forts jolis paniers " aux vanniers de Villaines-les-Rochers. Il faut préciser que le bouillant enfant de Tours avait choisi Saché pour villégiature. Dans ce décor hors du temps, il écrivit " Le lys dans la vallée " ... de l'Indre, bien sûr. De là, la route des châteaux s'impose. D'abord, Azay-le-Rideau à la blancheur crayeuse posée sur la rivière. Puis Loches, la citadelle préférée de Charles VIII et Agnès Sorel pour dissimuler leurs amours clandestines. Enfin, Villandry où des tapis de fleurs se pressent jusqu'aux marches du château. Dès lors, on entre dans la vallée des Dames. Car, la féérique galerie de Chenonceau est née du désir de Diane de Poitiers. A Chaumont, Catherine de Médecis trama ses plus sombres intrigues. Amboise fut pour Anne de Bretagne la révélation des fêtes débridées. Quant à Chambord et sa dentelle de pierre dessinée par Léonard de Vinci, il rend hommage à toutes les belles conquises pour un soir ou un peu plus longtemps par François 1er. Blois n'est plus alors très loin et l'on retrouve la blonde Anne de Bretagne en femme plus mûre, inspiratrice des célèbres jardins en terrasses. Ainsi de châteaux en vignobles, de sites archéologiques en ateliers d'artistes, la Vallée de la Loire se laisse découvrir au gré de ses méandres avec partout la même douceur, baignée d'une lumière unique que rien ne perturbe jamais.
Moulins: la roue tourne
Des vents sud-ouest et nord-ouest conjugués à la force hydraulique, il n'en fallait pas plus pour que le Val de Loire devienne la patrie des moulins.
En 1800, la région en comptait 750. Moulins à farine, à foulon ou à tan. Cinquante ans plus tard, on n'en dénombrait plus que 530. Ce sont les moulins pivot ou " chandeliers " qui ont été les premières victimes du poids des ans. Car, construits en bois, ils étaient plus vulnérables aux intempéries comme aux incendies. De plus, la cage toute entière tournait autour d'un axe vertical fixe. Si bien que ces véritables chef d'oeuvre de charpentiers exigeaient des heures d'entretien. Beaucoup plus solide, le moulin-tour a été généralement bâti en pierre ou en brique. Cette fois, la toiture portant les ailes tourne sur un chemin de roulement situé au sommet de la tour. Ce qui lui permet de s'orienter selon les caprices du vent. Mais c'est le moulin cavier, né au milieu du XVIème siècle, qui reste le plus caractéristique de la Touraine. Une cabine de bois ou " hucherolle " est juchée sur une tour conique. Dans le pied, " le gros fer " coulisse jusqu'à la masse enterrée où se trouve la chambre des meules. Cette cave voûtée est un peu la deuxième maison du meunier et fait souvent office de remise à outils, d'entrepôt à grain voire d'écurie. Nombre de ces moulins ont, aujourd'hui, été restaurés à l'identique. Ainsi, par exemple, sur les hauteurs boisées de Bourgueil se détache une hucherolle bleue car, à l'origine, tous les moulins étaient peints. Il n'y a pas si longtemps, ses meules broyaient encore l'écorce des châtaigniers pour alimenter les tanneries environnantes.
En ce qui concerne les moulins à eau, bien que de conception plus ancienne, ils semblent avoir mieux résisté au temps. En Indre-et-Loir, ils sont même encore une quinzaine en activité pour les besoins des minoteries. Tandis que bien d'autres ont été reconvertis en restaurants ou maisons particulières. Romantiques à souhaits tous ces moulins ont en commun d'avoir inspiré de nombreux artistes comme Cocteau qui tourna " La belle et la bête " à Touvoie, tout près de Rochecorbon.
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