Rochefort : ancrée dans la marine
Créée de toutes pièces sur ordre du Roi Soleil pour défendre la côte Atlantique contre les incursions anglaises, Rochefort a fondé sa réputation sur son arsenal, berceau des expéditions vers le Nouveau Monde. Encore de nos jours, un parfum d’ailleurs flotte sur ses quais.
C’est sur les pas de Pierre Loti qu’il faut découvrir Rochefort car la personnalité de l’écrivain semble forgée à l’image de sa cité natale. Ainsi, ce grand voyageur rapporta de ses périples de nombreuses turqueries toujours visibles dans sa maison. Pourtant, l’auteur de « Pêcheurs d’Islande » promu Académicien est sans cesse revenu trouver le repos dans son décor des Mille et une nuits et, jamais, il n’a failli à sa carrière d’officier de marine. De fait, ici le patrimoine maritime règne en maître : musée de la Marine pour retracer l’histoire de l’arme et de ses enjeux depuis le XVIIème siècle, Magasin aux vivres où la boulangerie fournissait quelque 20 tonnes de pain par jour, ancienne Ecole de médecine navale avec ses collections d’anatomie ou de chirurgie et même un jardin de la Marine qui mène à la Corderie royale. Cependant, aucun de ces souvenirs des grands navigateurs ne semble figé et l’appel des contrées lointaines est toujours bien présent. L’Arsenal en est l’illustration.
Reconstruire l’Hermione
En trois siècles, 550 navires sont sortis de ses cales dont le Sphinx, premier bâtiment à vapeur militaire ou le Mogador, la plus puissante frégate à roues jamais réalisée. Dans les onze chantiers de construction, la fonderie, la chaudronnerie, les forges, les scieries, la tonnellerie, la corderie, l’atelier de sculpture … près de 10 000 ouvriers s’affairaient encore au début du siècle dernier. Et toujours, on a cherché à innover inventant le cabestan, le pétrin mécanique et même le premier sous-marin. Or, depuis 1997, Rochefort, s’est lancé un nouveau défi : reconstruire l’Hermione sur lequel La Fayette embarqua pour prêter main forte à la jeune Amérique dans la conquête de son indépendance. La double forme de radoub a donc repris du service. Dans cette coquille creusée dans la Charente, charpentiers, forgerons et chevillards s’ingénient à retrouver les gestes qui ont façonné ce trois mats de 65 mètres, armé de 26 canons en batterie et gréé par 1 000m2 de toile de chanvre. D’ici deux ans, l’Hermione devrait voguer dans le sillage de La Fayette. Déjà, les Rochefortais sont impatients d’entendre conter cette aventure par 300 marins de retour d’un voyage dans le temps. |