Histoire d'ailes, histoire d'eau
D'un côté le vent d'autan, de l'autre les eaux du Tarn et de ses affluents. Il n'en fallait pas davantage pour que les terres tarnaises se couvrent de moulins. C'était avant. Mais il reste encore aujourd'hui de très nombreux moulins.
Tout au long du Tarn, les roues ont tourné puisant dans l'eau la force qu'il fallait pour suppléer celle des hommes. On a dénombré près de 2 000 roues : moulins à céréales, à râper les pommes de terres, à filer la laine, à façonner le cuivre... la liste des activités meunières paraît sans fin. Au début du XVIIIème siècle, Albi possédait même un moulin drapier ; précieux allié pour l'économie teinturière et qui était soumis à un tarif de péage sur les marchandises produites. Quant au moulin du Chapitre, il ne comptait pas moins de 7 meules avant d'être vendu comme bien national à la Révolution.
Au temps de l'or bleu
Après avoir joué un rôle majeur dans le développement industriel de la région, la plupart de ces moulins sont, aujourd'hui, au repos. Mais leur charme demeure. Car, personne ne reste insensible au bruit des aubes battant l'eau des biefs. Pareil pour ces bras tendus vers le ciel semblant brasser les nuages. Depuis toujours les hommes ont aimé l'atmosphère des moulins, lieu de rencontres, de travail, de promesses d'argent durement gagné.
Ce n'est donc pas un hasard si certains de ces moulins ont été reconvertis en centre culturel ou en gîte rural. Le Tarn est fier de ses moulins et les ouvre à qui veut les découvrir. Υ Lautrec, par exemple, le moulin-à-vent de la Salette a été restauré pour montrer au public comment moudre le blé. Plus étonnant est le martinet de l'Ours à Dufort destiné à la fabrication des feuilles de cuivre nécessaires à la dinanderie. Depuis le XVIIème siècle, chaudrons, bassines à confitures et autres casseroles sont ainsi formés à chaud sous les coups de l'énorme martel. Mais la première place de l'originalité revient au moulin pastelier. Υ Saint-Paul-Cap-de-Joux, le Château de Magrin raconte toute l'histoire du pastel appelé jadis l'or bleu. Meules et engrenages égrènent le temps et racontent l'histoire de cette plante, l'Isatis tinctoria, devenu pastel. Chaque moulin réserve ici son lot de surprises. Tous ont pourtant en commun d'honorer l'expression « entrer comme dans un moulin » en perpétuant la tradition du bon accueil et de la porte ouverte. |