« Dans ce roman, on trouve des bonheurs d’écriture à n’en plus finir »

Le Dauphiné Libéré 

 

Une restitution saisissante de nos racines, de l'odeur de la terre, des rides d'un visage, de l'aspect changeant de la neige… En quelque sorte l'écrit du cœur..

Le Dauphiné Libéré

 

 

« Un livre admirable, brillant et passionnant qui parle avec émotion d'une période noire de notre histoire ? »

France Info

 

Il y a du Giono, il y a du Ramuz dans cette écriture exigeante, dans cette langue rigoureuse.

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Le marais poitevin : entre terre et eau

Des prairies humides bordées de frênes têtards, une conche recouverte de lentilles où glisse une plate poussée par la pigouille d’un maraîchin. Ainsi chacun s’imagine le Marais poitevin. L’image n’est pas fausse. Mais, ces 100 000 hectares domptés par les hommes ont aussi d’autres paysages à révéler.

Au commencement était le vaste golfe du Poitou. Une mer vaseuse parsemée d’îles calcaires où l’on a bâti des cités comme Marans ou Maillezaix. Puis, à la faveur des alluvions charriées par les rivières et les courants marins, le marais s’est formé. Très tôt, on a tenté d’assécher ce territoire pour le mettre en cultures. Mais, ce sont les moines qui ont donné le coup d’envoi à la véritable conquête de la terre. Ils dressent des digues, installent des portes à flots en front de mer pour exploiter la force des marées. Surtout, Bénédictins et Cisterciens creusent le canal des Cinq abbés qui va devenir la clef de voûte d’un gigantesque réseau hydraulique. Puis, Sully continue cette entreprise de dessiccation en faisant appel à des Hollandais, spécialistes des polders. Au XIX siècle, les travaux s’intensifient : les canaux sont élargis, des barrages et écluses permettent de stabiliser les niveaux d’eau. Désormais, deux environnements coexistent et se complètent. A l’Est, le marais mouillé sert de champ d’expansion aux crues des rivières et de réservoirs d’eau douce en été. A l’Ouest, le marais desséché est protégé des caprices de la nature par une ceinture de digues.
Cette épopée de dix siècles est retracée dans la Maison du Petit-Poitou de Chaillé-les-Marais. Aux alentours, le Moulin à vent de Beauregard moud toujours à l’ancienne baigné par un océan céréalier. Les ponts écluses dévoilent ici des bateaux de pêche à la civelle, là, une falaise morte jadis malmenée par les vagues. D’un canal à l’autre, on chemine ainsi du Marais fou au Mouillepied jusqu’au Marais maritime : le domaine des hautes digues et des prises gagnées sur la mer.

Pays de légendes

Pour pénétrer dans la Venise verte, rien ne vaut une promenade en barque. Dès les abords de Coulon, les frênes plantés sur les rives pour les consolider balancent leur bouquet de branches annonçant l’entrée dans un monde insolite. A coup de pigouille, la fameuse longue perche ferrée, le bateau se faufile entre roseaux et nénuphars sous la voûte végétale d’une conche. Silence : un souffle de rêverie flotte sur le tapis émeraude des lentilles. Sûr de sa manœuvre tant il a transporté d’hommes et de marchandises, le batelier livre volontiers les secrets de son pays. Comme ces Colliberts, les premiers maraîchins reconnaissables à leurs yeux verts et à la patte de canard qu’ils portaient à la ceinture. Et pour donner encore plus de mystère à son récit, le conteur enflamme le gaz contenu dans la vase. Car, 4 000 km de voies d’eau enchevêtrées ont de quoi nourrir l’imaginaire. Sans parler des vraies histoires réécrites par des générations comme celle de l’abbaye de Maillezais fortifiée par Agrippa d’Aubigné et fondée sur un lopin de terre battu par la mer. Plus tard, son passé mouvementé a inspiré l’un de ses hôtes : Rabelais.
Pourtant dans ce labyrinthe aquatique, la réalité est bien là et les maraîchins ont dû s’adapter à ses particularités. Ainsi, pour franchir des obstacles semblables au barrage du Grand Coin, on a construit des passe-bateaux permettant de haler les embarcations. De même, le bateau à chaîne reliée à chaque berge a souvent remplacé le pont. Décidément, les voies d’eau ont toujours été préférées aux routes. En témoignent les cales aménagées devant les maisons blanchies à la chaux. De là, on embarquait pour l’école, le marché ou pour capturer des anguilles dans des nasses d’osier, les bourgnons. Or, c’est certainement cet acharnement à se plier aux contraintes de la nature qui explique le maintien d’une faune aussi riche. Le rêveur des marais alias le héron en est l’emblème mais il ne faut pas oublier la discrète loutre ou le ragondin jugé parfois trop envahissant. Au total, près de 500 espèces différentes d’oiseaux, mammifères, poissons, amphibiens et reptiles ont été recensées. Une des raisons qui ont valu au Marais Poitevin le label de Parc Inter Régional.