« Dans ce roman, on trouve des bonheurs d’écriture à n’en plus finir »

Le Dauphiné Libéré 

 

Une restitution saisissante de nos racines, de l'odeur de la terre, des rides d'un visage, de l'aspect changeant de la neige… En quelque sorte l'écrit du cœur..

Le Dauphiné Libéré

 

 

« Un livre admirable, brillant et passionnant qui parle avec émotion d'une période noire de notre histoire ? »

France Info

 

Il y a du Giono, il y a du Ramuz dans cette écriture exigeante, dans cette langue rigoureuse.

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Ré et Oléron : Elles ou îles

Distantes de quelques encablures et désormais toutes deux amarrées à la terre, Ré et Oléron s’apparentent à des sœurs. Il est vrai qu’elles se ressemblent à plus d’un titre. Ne serait-ce que par leur beauté sauvage.

Chantée par Ferré et sa belle adorée ou Aznavour inspiré par le Bois de Trousse-Chemise, l’île de Ré est aujourd’hui très prisée par le monde du show business comme de la politique. Mais, les Rétais n’en paraissent pas pour autant chamboulés dans leurs habitudes. Presque plus terriens que marins, ils continuent à ramasser le goémon à l’aide de grands râteaux ainsi que les crevettes et les coquillages qui prolifèrent sur les platins découverts à marée basse. Surtout, ils cultivent leurs parcelles de primeurs et de vignes. Bien sûr, les ânes affublés d’un chapeau de paille et d’un pantalon à rayures pour les protéger du soleil et des herbes coupantes dans les marais salants ne sortent que pour les fêtes traditionnelles. Plus de mise non plus, la « quichenotte » ; cette coiffe signifiant « kiss not » et arborée en guise d’opposition à l’ennemi anglais. Cependant, les villages n’ont rien perdu de leur charme un rien désuet avec leurs maisons blanches aux volets verts dont les façades s’ornent volontiers de treilles, de glycines ou de roses trémières.

L’ « Ile blanche ».
En fait, quatre îlots devenus contigus à la faveur du dépôt naturel des alluvions et des digues élevées par les hommes constituent les 8 500 hectares de l’île de Ré. Autour serpente une frange de sable doré arrêtée par des dunes plantées de pins et de tamaris. Certes, pour les estivants, « l’île blanche » c’est avant tout ces longues étendues de plages. Mais, pour ceux qui aiment à fureter, les occasions de promenades ne manquent pas. Ainsi, à peine franchie la fine courbe du pont qui s’étire de La Rochelle à Ré, on est baigné dans une autre atmosphère. Des parcs à huîtres aux effluves iodés côtoient des maquis méditerranéens fleurant la myrte et le romarin. Des falaises couvertes de landes tombent à pic dans la mer. Du damier argenté des marais salants, bécasseaux, barges, bernaches cravants et autres migrateurs ont fait leur paradis. Enfin, il y a tous ces petits ports regardant vers le pertuis Breton ou d’Antioche. Au large, se dessinent les voiles des barques de pêcheurs. Tandis qu’à quai, déambulent quelques vieux Rétais vêtus de leur immuable marinière bleue ou rouge.
Or, si ce pays respire désormais la paix, il n’a pas toujours été à l’abri des agressions. En témoigne la construction en étoile du Fort de la Prée ou l’imposante citadelle de St Martin fortifiée par Vauban. Bien des fois, ces remparts ont protégé l’île contre la flotte de Sa très gracieuse majesté. Mais, leur vocation était aussi carcérale : Mirabeau fut enfermé dans ce pénitencier sur ordre de son père et pour Dreyfus, Papillon comme bien d’autres forçats, ce fut l’ultime étape avant la Guyane ou la Nouvelle Calédonie. Certains édifices religieux ont, eux aussi, connu des heures noires. L’abbaye des Châteliers, par exemple. Erigée sur une falaise dominant la mer par des moines cisterciens, elle a formé des générations de vignerons, laboureurs et sauniers. Désormais, le vent joue dans ses majestueuses ruines : décor grandiose garanti. Mais, pour encore mieux se fondre dans cet univers insulaire, rien ne vaut emprunter le moyen de locomotion favori des Rétais. Au rythme des tours de pédales, on est alors surpris par mille détails : ici, un clocher peint en noir et blanc pour servir d’amer, là une chapelle cachant une ancienne poudrière …

En mer et contre tout
Sur Oléron, la même quiétude domine avec de longues plages couronnées de dunes, des marais peuplés d’oiseaux, des forêts de pins et de chênes verts ... Parfois même, seules les cultures et la vigne paraissent disciplinées. Il faut dire que bien que reliée au continent depuis 1966 par le plus long viaduc de France, cette île privilégie la mer. A commencer par l’ostréiculture. Les fameuses Marennes-Oléron sont installées dans les anciennes salines transformées en claires et les contours sinueux de la côte. Impossible de rater ces parcs d’où émergent des cabanes multicolores et des plates enserrant dans des filets noirs leurs précieuses cargaisons. Récemment, l’aquaculture s’est également développée dans des fermes marines produisant des palourdes, des truites et des anguilles. Evidemment, il y a aussi la pêche au large et l’animation du port de La Cotinière laisse deviner ses enjeux économiques. Mais, plus originale sont les écluses à poissons jalonnant le littoral. Construites sur l’estran rocheux, elles permettent de piéger poissons et crustacés à marée basse. Il s’en suit un spectacle réglé par des gestes ancestraux avec des pêcheurs munis de « fouënes » et d’ « espiottes » harponnent leurs prisonniers.
Bref, la mer constitue l’une des principales ressources d’Oléron. La terre n’est pas pour cela banale. L’histoire y a même laissé de nombreuses traces. Ainsi, la citadelle de Château d’Oléron a été construite à l’initiative de Richelieu pour garder l’embouchure de la Charente. Une promenade sur ses passerelles, douves et bastions emplit d’un silence à peine troublé par le piaillement des mouettes. A St Pierre, une colonne gothique haute de 25 mètres attire l’attention. C’est la Lanterne des morts élevée durant l’occupation anglaise. Mais, il y a aussi la Maison des Aïeules. Dans son jardin se dresse la tombe de Pierre Loti enterré avec sa pelle et son seau d’enfant. L’écrivain-marin a désiré que sa demeure ne soit pas visitée. Son vœu a été respecté. Preuve de la discrétion des Oléronais même si, parfois, ils savent se montrer facétieux. La bière des Naufrageurs en est l’illustration. Cette production toute locale raconte sur son étiquette comment, autrefois, les naufrageurs promenaient sur le rivage un âne portant un fanal autour du cou pour faire échouer les bateaux et les piller. Aujourd’hui, l’entreprise serait plus hasardeuse : le phare de Chassiron est là pour guider les marins mais aussi pour veiller sur les miles alentours. D’ailleurs, tous ceux qui ont eu le courage de gravir ses 224 marches n’ont jamais regretté leur effort face à ce panorama des côtes charentaises, des îles et de l’immensité océane.

D’Aix à Madame
Si encore une fois on doit à Vauban la fortification d’Aix, c’est Napoléon qui lui a valu sa célébrité. Au lendemain de Watterloo, l’Empereur déchu accoste sur l’île à bord de La Saale. Peut être envisage-t-il alors de fausser compagnie à la flotte anglaise pour gagner les Amériques. Toujours est-il qu’il va passer sur Aix sa dernière semaine en terre française. Certes, ce passage fut court mais il a laissé aux Aixois de nombreux souvenirs rassemblés dans la maison où l’Empereur séjourna. Œuvres d’art, vêtements, armes, autographes …rappelle ainsi la vie de Napoléon et de sa famille. Mais, le fort de la rade, construit comme une île dans l’île, mérite aussi une visite. Quant au fort Liédot, il connut des prisonniers venus de tous les horizons : Russes durant la guerre de Crimée, Prussiens en 1870, Communards, Bolchéviques et même Ben Bella, futur président de la République algérienne. Un passé donc bien lourd. Pourtant, Aix est loin d’être austère. Ici l’automobile est quasiment bannie et c’est en calèche que l’on découvre le bourg et ses maisons chaulées ou, à pied, que l’on se rend dans les petites criques de sable fin.
Et, pour terminer cette croisière d’une île à l’autre, il ne faut pas oublier Madame. Longue de 1 km et large de 600 mètres, ce lambeau de terre allongée dans la mer ne compte qu’une seule ferme et quelques maisons. Une promenade au travers des parcs à huîtres et sur les rochers où foisonnent les coquillages suffit alors pour un dépaysement total.

Les pots de la fin
Encore aujourd’hui quelques vieux troncs d’arbres de l’île d’Oléron portent des pots de terre cuite. Tout simplement parce qu’à l’exemple des Landais, au début du siècle, on a planté des pins sur les dunes pour les stabiliser. De là est venu la récolte de la résine et le gemmage. Une activité florissante mais entraînant des coûts tels que l’exploitation a cessé depuis une trentaine d’années.