Gaillac : le plus vieux vignoble de France
Respecter la qualité, limiter la production et rester fidèle à l'histoire de leurs vignes telle pourrait être la devise des vignerons du Tarn. Boire du Gaillac suffit d'ailleurs pour s'en convaincre.
Comme souvent, ce sont les Romains qui ont planté les premiers ceps sur les coteaux de Tarn. Les moines Bénédictins de l'Abbaye Saint-Michel ont pris la relève en élaborant un vin digne des meilleures tables médiévales. A l'époque des troubadours, on alla même jusqu'à établir les premières chartes du Royaume pour définir les normes de production du Gaillac. Dès lors, le choix des terroirs, la sélection des cépages, la qualité des bois de fûts comme les dates des vendanges furent réglementés. Ce qui valut aux « Vins du Coq » (du nom de la marque à feu authentifiant les fûts) leur renommée dans l'Europe entière.
Depuis, la notoriété du Gaillac n'a cessé de progresser. Car, si la tradition de couronner le « Rey de la Poda », c'est-à-dire le vigneron le plus habile dans la taille, a cessé avec la Révolution, l'amour du travail bien fait est resté la règle. Cette ténacité a d'ailleurs été récompensée en 1938 par l'obtention d'une AOC pour les Blancs et, en 1970, pour les Rouges. Ainsi, les vignobles s'étalent tout au long de la basse vallée du Tarn dessinant un paysage où les alignements de ceps cèdent parfois un peu d'espace à des oasis de cyprès et de pins abritant de vastes demeures aux allures toscanes.
Trois terroirs pour une appellation
En suivant le cours du Tarn jusqu'à Gaillac puis en poussant le pas vers Lisle-sur-Tarn comme en s'aventurant sur les coteaux, on sillonne l'un des plus anciens vignobles de France. Ici, la douceur océanique se marie à la chaleur méditerranéenne pour nourrir Blancs et Rouges d'arômes fleuris, de bouquets fruités ou de caractères subtils. Pour les découvrir, il suffit de cheminer sur la route des vins jalonnée de châteaux, mas et caveaux où les vignerons ont à cœur d'ouvrir leur chai pour raconter leur métier.
La balade commence par les Terrasses de la Rive Gauche du Tarn. Ce terroir s'étend sur 30 km entre Florentin et Couffouleux. Des terrains graveleux, lieu de prédilection des cépages rouges. Ces Gaillac généreux, d'une couleur profonde, aux arômes d'épices et de baies, aux corps denses et aux tannins ronds se gardent facilement 4 à 5 ans. La deuxième étape conduit de l'autre côté du Tarn. Délimités par la Vère, ces Coteaux de la Rives Droite relient Castelnau-de-Lévis à Rabastans. Une vaste étendue argilo-calcaire où chacun trouve son bonheur tant la gamme viticole y renferme de notes. Ainsi, les Rouges de Duras et Syrah mêlent harmonieusement leur saveur épicée au parfum plus sauvage du Braucol. Plus au Nord, des Blancs secs et perlés, cristallins ou floraux sont recherchés pour leur finesse. Tandis que sur les coteaux de Gaillac parcourus par le vent d'Autan, les Blancs souples et élégants savent rester longtemps en bouche. Enfin de Cahuzac-sur-Vère a la cité médiévale de Cordes-sur-Ciel, le Plateau caillouteux de Cordais bénéficie de l'altitude et d'un ensoleillement idéaux pour la maturation du raisin. Si bien que les Blancs exhalent des parfums floraux. Les Rouges nerveux savent vieillir tranquillement. Quant aux Rosés fruités, on les apprécie pour leur légèreté.
C'est tout l'art de vivre dans le Tarn qui s'exprime aux détours de la route des vins. Pour achever la promenade, une halte à la Maison de la Vigne et du Vin s'impose. Situé dans l'abbaye Saint-Michel qui veille sur Gaillac, ce musée raconte toute l'histoire du vignoble. Une étape obligée. |