« Dans ce roman, on trouve des bonheurs d’écriture à n’en plus finir »

Le Dauphiné Libéré 

 

Une restitution saisissante de nos racines, de l'odeur de la terre, des rides d'un visage, de l'aspect changeant de la neige… En quelque sorte l'écrit du cœur..

Le Dauphiné Libéré

 

 

« Un livre admirable, brillant et passionnant qui parle avec émotion d'une période noire de notre histoire ? »

France Info

 

Il y a du Giono, il y a du Ramuz dans cette écriture exigeante, dans cette langue rigoureuse.

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Feuilleton
"Dans les veines du courant"
Chapitre 1
 

« Le plus extraordinaire, se dit Roland en sortant sa septième truite de l’après-midi, c’est qu’hier ça mordait tout autant. »
Ce n’est pas qu’il était mauvais pêcheur, Roland Forclaz, loin s’en faut. Mais sortir plus de vingt truites en deux jours, au même endroit, ne figurait pas au rang des choses ordinaires. D’autant moins ordinaires d’ailleurs qu’il ne savait pas encore ce qui l’attendait. Du reste l’aurait-il su qu’il n’aurait pas voulu le croire.
Le lendemain, à l’atelier, il repensa à la manière dont les choses s’étaient déroulées depuis deux jours. Tout juste posé sur l’eau, son éphémère était littéralement aspiré par deux ou trois paires de mâchoires. Du jamais vu. Même par temps d’orage, quand les truites mouchent, il n’avait jamais assisté à pareille curée.
Embarrant une tige d’acier dans son tour multibroches, il continua à chercher une explication.
Ses éphémères étaient bien un peu plus roses qu’à l’accoutumée, comme elles le sont parfois au sortir du printemps, mais cela n’expliquait pas tout. Pourquoi une telle voracité ? On aurait dit que les truites attendaient l’hameçon, comme ça, juste pour se piquer.
À peine arrivé à l’atelier, il avait failli en parler à deux de ses collègues, ceux qui travaillaient sur les petits tours à rectifier à côté du sien. Mais les premiers mots du matin ne sont pas les plus faciles à prononcer. Et puis, cela lui aurait coûté de devoir dire où il pêchait. Il y a des se­crets d’homme que l’on ne partage pas.
Alors il se tut. Non sans regretter la disparition d’Alberto, son seul vrai copain. A lui au moins, il aurait pu tout raconter : comment il avait découvert ce remous juste le long de la pile du pont de l’Arve, comment il s’y prenait pour que son ombre ne porte pas sur les veines du courant et surtout comment il avait sorti plus de vingt truites en deux jours.
Seulement Alberto n’était plus là depuis près d’un an. Il avait disparu l’été dernier. Une histoire pas claire.
« Une histoire de femme », avaient “vipèré” les voisins.
Il est vrai qu’après la pêche la grande passion d’Alberto c’était les femmes... et surtout celles des autres.