« Dans ce roman, on trouve des bonheurs d’écriture à n’en plus finir »

Le Dauphiné Libéré 

 

Une restitution saisissante de nos racines, de l'odeur de la terre, des rides d'un visage, de l'aspect changeant de la neige… En quelque sorte l'écrit du cœur..

Le Dauphiné Libéré

 

 

« Un livre admirable, brillant et passionnant qui parle avec émotion d'une période noire de notre histoire ? »

France Info

 

Il y a du Giono, il y a du Ramuz dans cette écriture exigeante, dans cette langue rigoureuse.

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Dans la vallée des rois

" Allons chez moi " lançait familièrement François 1er pour convier Charles Quint à Chambord. Suivons son invitation avec, néanmoins, quelques étapes dans d'autres demeures toutes autant royales.

A tout seigneur, tout honneur. Chenonceau, bat chaque année les records de visites. Pourtant, cette majestueuse passerelle qui se mire dans le Cher aurait dû être anéantie par la Révolution. Son salut, le château le doit à son statut de raccourci jugé bien utile pour gagner l'autre rive. De même, durant la seconde guerre mondiale, presque tous les ponts de Touraine ont été bombardés, sauf Chenonceau épargné certainement par un amateur d'arts. Il n'en reste pas moins que la ligne de démarcation passait en son centre. Une destinée bien violente pour ce château à la grâce toute féminine. N'a-t-il pas connu six dames pour propriétaires ! Notamment Diane de Poitiers en remerciement pour ses bontés envers Henri II. Esthète, la belle duchesse a entrepris de jeter 5 arches sur la rivière pour mieux profiter de la nature environnante. Mais son projet a été interrompu par la mort brutale du roi. Catherine de Médicis reprend alors les rênes du royaume bien décidée à se venger. Cruelle perfidie : échanger Chenonceau contre Chaumont. Diane cède. Et voici, la régente éprise de fastes qui dote le château d'une double galerie où les fêtes se succèdent. Ces 60 mètres dallés de noir et blanc ont immortalisé les lieux. Mais, c'est oublier le cabinet vert, la chambre des 5 reines ou les cuisines aménagées au ras de l'eau dans deux piles creuses du pont...
Pas de rivière à Chambord puisqu'on l'a détournée sur ordre royal. Mais une épaisse forêt giboyeuse d'où surgit une nuée de clochetons, tourelles, lucarnes... hérissés autour de la fameuse lanterne couronnée d'une fleur de lys. Ici, le style " château de la Loire " trouve son achèvement : 44 pièces, 365 cheminées, 83 escaliers pour une architecture dessinée par Léonard de Vinci. Partout, François 1er a gravé sa salamandre accompagnée de sa devise : " Nustrico et extingo ". Véritable aveu pour cet insatiable séducteur qui, en connaissance de cause, nous laissa le fameux adage " Souvent femme varie, bien fol qui s'y fie ". D'ailleurs, Chambord semble tout entier dédié aux rendez-vous galants. En atteste cet escalier à double révolution que deux gentilshommes pouvaient emprunter en même temps sans jamais se croiser.
C'est encore François 1er qu'il faut saluer en franchissant les portes d'Amboise. Aux pieds du château, la Loire se fait plus lascive peut être pour honorer Anne de Bretagne dont deux des trois maris - tous rois - ont mis un point d'honneur à combler les désirs de grandeur. La belle peut être satisfaite : malgré son démantèlement et son épisodique rôle de prison, Amboise mêle toujours la puissance médiévale au raffinement Renaissance. Ainsi depuis la terrasse, on se prend à rêver aux festivités d'antan. Tandis que deux énormes tours nous rappellent un lointain passé de forteresse. Il était alors heureux de pouvoir grimper vite en haut de ces donjons à cheval et même en litière.
De Blois aussi François 1er a fait son logis. Plus précisément, une cité dans la ville témoin de bien des faits historiques comme l'assassinat du Duc de Guise. A croire que le cadre était propice aux intrigues puisque, dans ses appartements, Catherine de Médicis fit installer des placards secrets pour dissimuler ses poisons ; une seule pédale commande encore l'ouverture des 200 panneaux sculptés en trompe-l'oeil. Pourtant, aucune tristesse n'émane de ce château aux mille fenêtres, plutôt une frénésie devant tant d'ornements parfois un rien grivois.
Il faut alors pousser le pas jusqu'à Langeais pour retrouver les passions d'Anne de Bretagne. Dans ce château, revêtue de 160 peaux de zibeline, elle a épousé Charles VIII. Certes, côté ville, la façade avec ses hauts murs, son chemin de rondes et ses mâchicoulis s'impose féodale. Mais, dès la cour intérieure franchie, meneaux et guirlandes de pierre retrouvent tous leurs droits. Quant à l'intérieur, il nous plonge dans le luxe de la vie seigneuriale du XVIème siècle grâce, notamment, à une exceptionnelle collection de tapisseries mille-fleurs.
Ensuite, le périple peut bifurquer vers bien d'autres voies royales : Azay-le-Rideau dont la blancheur se reflète dans l'Indre, Ussé qui inspira " La belle au bois dormant ", Cheverny que tous les tintinophiles connaissent sous les traits de Moulinsart... sans oublier tous les châteaux forts. Car les rois n'ont pas attendu la Renaissance pour se rendre compte que la Doulce France n'est qu'à deux journées à cheval de Paris.

Sacrés marins d'eau douce

Longtemps la Loire a été une voie d'excellence pour le commerce. Aujourd'hui, la batellerie a repris du service surtout pour le plaisir des yeux.
Vêtus de bleu, un foulard rouge noué à la diable autour du cou et un anneau d'or pendant à l'oreille, on les reconnaissait de loin les gars de la " Louère " toujours forts en " goule ". De rudes gaillards ces " chalandoux " qui s'embarquaient sur une gabare ou une sapine pour descendre et remonter le fleuve aussi loin que possible. Charbon, étoffes, sel, tuffeau... ont été ainsi acheminés jusqu'au XIXème siècle. Parfois, c'était des voyageurs qu'il fallait transporter. Alors, on arrimait le carrosse sur un radeau. Madame de Sévigné se rendant en Bretagne en garda un souvenir cuisant. Il est vrai que le confort était plutôt fruste. Pas de place pour le superflu. D'ailleurs, les marins n'ont droit d'emporter qu'un seul coffre pour remiser leur maigre paquetage. Bien sûr, le travail est dur mais assuré.
Puis, la vapeur est arrivée bouleversant les mentalités. Certes, au début, les chaudières ont tendance à surchauffer provoquant nombres d'accidents. Pourtant, la tentation est grande. Car les grandes compagnies recrutent volontiers parmi ces mariniers aguerris aux bancs de sable, tourbillons, crues et autres dangers ligériens. Au grand dam des anciens, les jeunes abandonnent la voile. D'autant que les bateaux, dès lors munis de roue, sont devenus " inexplosibles ". Somme toute, la belle époque du trafic fluvial aurait pu encore durer si le train n'avait fait son entrée fracassante. Cette fois comment concurrencer un tel rival ! Et le chemin d'eau s'efface devant le chemin de fer.
L'histoire de la batellerie devrait s'arrêter là. Mais, une poignée d'hommes a décidé de remettre à flot tous ces chalands. On a hissé les traditionnelles voiles carrées d'une soixantaine de bateaux en bois pour d'inédits spectacles de Nantes à Saumur et de Tours à Gien. Depuis, la Loire est redevenue navigable. Désormais, les ports d'embarquement jalonnent le fleuve. Balades de quelques heures ou croisières à bord d'une toue, d'une caravelle ou d'un fûtreau, les passagers découvrent alors une toute autre vallée glissant au fil de l'eau.