Même sur la Loire, on hissait haut
La Loire a longtemps été une voie d'excellence pour le commerce. Aujourd'hui, la batellerie a repris du service... mais surtout pour le plaisir des yeux.
Vêtus de bleu, un foulard rouge noué autour du cou et un anneau d'or à l'oreille, on les reconnaissait de loin les gars de la " Louère " toujours forts en " goule "et prompts au coup de poing. De rudes gaillards ces " chalandoux " qui s'embarquaient sur une gabare ou une sapine pour descendre et remonter le fleuve aussi loin que les bancs de sable le permettaient. Charbon, étoffes, sel, tuffeau... ont été ainsi transportés jusqu'au XIXème siècle. Parfois, les voyageurs remplaçaient les marchandises. On arrimait alors le carrosse sur un radeau. Madame de Sévigné se rendant en Bretagne en garda un souvenir cuisant. Il est vrai que le confort était plutôt somaire. Pas de place pour le superflu. A cette époque, chaque marin n'avait droit d'emporter qu'un seul coffre pour remiser son maigre paquetage.
Du chemin d'eau au chemin de fer
Plus tard, la vapeur est apparue bouleversant les mentalités. Au début, les chaudières avaient tendance à surchauffer provoquant nombres d'accidents et puis on s'y habitua. On finit même par lui trouver bien des avantages. Et les grandes compagnies se mirent à recruter parmi ces mariniers aguerris aux bancs de sable, tourbillons, crues et autres dangers ligériens. Au grand dam des anciens, les jeunes abandonnèrent la voile pour le moteur. D'autant que les bateaux, dès lors munis de roue, devinrent " inexplosibles" comme on disait à l'époque. Les belles années du trafic fluvial aurait pu encore durer si le train n'avait fait son entrée fracassante dans le commerce et le transport. Cette fois le coup fut fatal. Et le chemin d'eau s'effaca devant le chemin de fer.
L'histoire de la batellerie aurait dû s'arrêter là. Mais un jour, une poignée d'hommes décidèrent de remettre à flot tous ces chalands. Tout a commencé en hissant les traditionnelles voiles carrées d'une soixantaine de bateaux en bois pour des spectacles de Nantes à Saumur et de Tours à Gien. Et comme la Loire était redevenue navigable, on a osé aller plus loin. Désormais, les ports d'embarquement jalonnent le fleuve. Balades de quelques heures ou croisières à bord d'une toue, d'une caravelle ou d'un fûtreau, les passagers découvrent alors une toute autre vallée glissant au fil de l'eau.
ο mon bateau
Pour s'adapter aux caprices de la Loire, les chantiers fluviaux ont dû faire preuve d'ingéniosité. Ainsi, la toue, cette longue barque sans gréement est toujours utilisée de nos jours pour transporter du foin ou du bétail. D'une jauge plus importante mais de conception très rudimentaire, la sapine était jadis détruite et vendue au prix du bois de chauffage à l'issue du voyage. Quant à la gabare, elle recevait une voile de près de 20 mètres de haut, indispensable pour emporter son fort tonnage. Pour en savoir plus sur tous ces bateaux, il faut se rendre au musée de Chinon ou de Chouzé-sur-Loire où maquettes, gravures, outils racontent les us et coutumes des mariniers d'hier et d'aujourd'hui. |